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Projet de lutte contre la pauvreté dans l'Aftout sud et le Karakoro

12 septembre 2011

Introduction

Objectifs et processus de l'évaluation. L'évaluation intermédiaire du Projet de lutte contre la pauvreté dans l'Aftout sud et le Karakoro (PASK) vise, d'une part, à répondre à l'obligation du Fonds international de développement agricole (FIDA) de rendre compte, aux gouvernements membres et aux partenaires, des résultats et de l'impact obtenus par les opérations financées ; d'autre part, à aider les partenaires à tirer les enseignements de ce projet, au profit de la préparation et de la mise en œuvre d'autres interventions de développement en République islamique de Mauritanie. L'évaluation comprend cinq dimensions : la performance du projet (pertinence, efficacité et efficience) ; l'impact du projet sur la pauvreté rurale ; la durabilité des résultats ; les innovations et leur adoption par des institutions pour une application à plus grande échelle ; et la performance du FIDA et de ses partenaires. Après une mission préparatoire en août 2008, la mission principale s'est déroulée du 7 octobre au 3 novembre 2008. Elle s'est appuyée sur trois sources d'information : examen de la documentation disponible, entretien avec les intervenants et partenaires du projet et observations sur le terrain dans les villages (dans 7 des 21 communes couvertes par le projet). Une réunion de synthèse a été organisée en fin de mission ; une deuxième réunion, qui s'est tenue en décembre 2008 au Ministère de l'habitat, de l'urbanisme et de l'aménagement du territoire (MHUAT) avec les différents partenaires, a permis de discuter de l'aide-mémoire de la mission.

Contexte du pays. La Mauritanie présente une superficie de plus de 1 million de kilomètres carrés, avec 75% de terres désertiques ou semi-désertiques ; elle est divisée en quatre zones écologiques distinctes : la zone du Sahara, la zone sahélienne, la vallée du fleuve Sénégal et la zone côtière. Par rapport à sa taille, le pays est très faiblement peuplé : même si la croissance démographique a doublé entre 1974 et 2004, la population totale compte moins de 3 millions d'habitants, dont la moitié vit en milieu rural. Avec un produit national brut par habitant de 952 USD en 2007, la Mauritanie est classée parmi les pays à faible revenu. Malgré les progrès accomplis ces dernières années, elle demeure un pays à faible niveau de développement humain. Selon les données du Rapport mondial sur le développement humain publié par le Programme des Nations Unies pour le Développement en 2009, l'indice de développement humain de la Mauritanie s'établit à 0,520, ce qui la place au 154ème rang sur 177 pays.

Stratégie et intervention du FIDA en Mauritanie. Depuis 1980, le FIDA a financé 12 projets en Mauritanie, d'un coût total de 268 millions d'USD, financés à près de 40% sous forme de prêts du FIDA (90 millions d'USD). L'action du FIDA est axée sur l'accroissement de la production vivrière et l'amélioration de l'autosuffisance alimentaire. Le Programme d'options stratégiques pour le pays (COSOP) de 2000 - 2004 reposait sur quatre grandes orientations : i) le transfert de responsabilités aux populations rurales, en particulier celles qui font partie du groupe cible du FIDA ; ii) la mise en place de mécanismes efficaces pour le transfert de ressources en faveur des populations rurales afin de financer des programmes de développement local répondant à leurs priorités ; iii) l'amélioration de l'accès des populations rurales pauvres à la terre, aux capitaux et aux marchés ; et iv) le développement d'organisations de base dotées de capacités renforcées pour les activités de plaidoyer, de conception et d'exécution de programmes. Le nouveau COSOP (2007-2012), approuvé en 2007, fixe trois objectifs stratégiques : i) renforcer les institutions des populations rurales pauvres en se fondant sur les méthodes de développement déterminées par les communautés ; ii) promouvoir des services financiers ruraux durables ; et iii) parvenir à un développement agricole et à une sécurité alimentaire durables.

Le Projet de lutte contre la pauvreté dans l'Aftout sud et le Karakoro a été conçu pour une période de sept ans (2003-2009). Son financement principal provient d'un prêt du FIDA, de la contribution du gouvernement et d'un cofinancement sous forme de prêt de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). Une première proposition a été formulée par le gouvernement en septembre 2000, à la suite de laquelle le projet a été identifié, formulé et préévalué par le FIDA. Le projet a été approuvé par le Conseil d'administration du FIDA en septembre 2001. Au démarrage, le projet a été placé sous la tutelle du Commissariat aux droits de l'homme, à la lutte contre la pauvreté et à l'insertion, ensuite, à partir de mai 2007 – suite à l'élection présidentielle –, sous celle du Ministère de la décentralisation et de l'aménagement du territoire et en septembre 2008 sous la tutelle du MHUAT. Ces changements sont consécutifs au remaniement des responsabilités et à la restructuration des institutions gouvernementales. L'institution coopérante assurant la supervision du projet pour le FIDA et l'OPEP est le Bureau des Nations Unies pour les services d'appui aux projets (UNOPS). Le PASK couvre une zone de 25 600 kilomètres carrés, qui englobe 653 villages répartis sur 21 communes appartenant à trois départements contigus : M'bout, dans la région du Gorgol (9 communes et 330 villages) ; Ould Yengé, dans la région du Guidimaka (7 communes, 170 villages) ; et Kankossa, dans la région de l'Assaba (5 communes, 153 villages). Les bénéficiaires constituent la majeure partie de la population rurale du périmètre du projet.

Objectifs et composantes. Le PASK vise à contribuer, dans son domaine d'intervention, aux objectifs généraux du Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP) qui sont : i) la réduction de moitié de la pauvreté rurale ; ii) l'accès généralisé aux services sociaux de base ; et iii) l'appui au développement institutionnel à l'échelon local. Le PASK s'articule autour de quatre composantes : développement des capacités locales d'organisation et de gestion (11,6% du coût total) ; désenclavement et infrastructures de base (59,4%) ; amélioration et diversification des revenus (11,1%) ; et coordination de la mise en œuvre, gestion et suivi-évaluation (17,6%).

Performance

En matière de développement des capacités locales, les résultats obtenus concernent, pour l'essentiel : i) la réalisation d'une planification participative locale, centrée sur une approche mixte communale/villageoise, qui a conduit à l'élaboration des diagnostics participatifs, des plans de développement communaux et des Programmes d'action prioritaires (PAP) ; la mise en place et la formation des Comités communaux de concertation (CCC) ainsi que la formation et l'équipement de 21 agents de développement communal ; ii) un important programme d'information/éducation/ communication (IEC) couvrant la santé, la scolarisation des filles, les droits de la famille, de la femme, et la citoyenneté, qui a touché plus de 4 000 personnes après avoir constitué plus de 200 pôles IEC ; iii) un programme continu d'alphabétisation qui a touché environ 12 300 personnes après avoir formé 287 alphabétiseurs ; et iv) des actions de formation pour 292 coopératives féminines et 112 comités de gestion d'infrastructures économiques.

La plupart des PAP ont reflété la forte demande existant au niveau du désenclavement et de la construction d'infrastructures. Dans ce domaine, les résultats ont concerné essentiellement : i) la préparation d'un schéma directeur de désenclavement ; ii) la réhabilitation des points critiques identifiés dans le schéma directeur, c'est-à-dire 8 ouvrages de franchissement et l'aménagement du tronçon M'Bout-Soufa (environ 83 kilomètres) ; iii) la réhabilitation et mise en place d'infrastructures communautaires avec 36 puits, 2 nouveaux forages, la réhabilitation de 25 forages existants et le renforcement de la digue de M'Bout ; et iv) la mise en place d'un programme d'infrastructures socio-économiques financé sur les fonds provenant de la réduction de la dette des Pays pauvres très endettés (PPTE). Ce programme a concerné 12 mairies, 6 bâtiments polyvalents, 14 centres de santé, la réhabilitation de 122 salles de classe et la construction de 102 autres, et l'édification de 152 latrines, d'un abattoir et de 7 marchés à étalage.

L'amélioration et la diversification des revenus se sont traduit par : i) l'appui aux coopératives maraîchères féminines, à travers la formation de près de 460 femmes, l'octroi de quantités limitées d'intrants et d'outillages agricoles – dans le cadre de séances d'encadrement et de démonstration réalisées par des Opérateurs partenaires spécialisés (OPS) – et la fourniture de grillage pour la protection de près de 42 hectares exploités par ces coopératives ; ii) la fourniture de grillage et de fils barbelés pour la protection des cultures de décrue au niveau des cuvettes de barrage, et des pâturages contre la divagation des animaux (des paysans ont été formés à la lutte intégrée contre les ennemis des cultures, d'autres à la culture attelée) ; iii) la formation de 55 auxiliaires vétérinaires et leur équipement en trousses vétérinaires ; et iv) l'appui à la réalisation, après identification, d'une trentaine de microprojets générateurs de revenus qui ont bénéficié essentiellement aux femmes et aux jeunes. Un programme important de formation a étayé ces actions, lesquelles ont concerné environ 16 000 personnes, s'agissant des campagnes de sensibilisation au danger des feux de brousse ; 12 000 femmes, s'agissant des campagnes de sensibilisation à la réduction de l'utilisation du bois de chauffe ; 340 paysans, s'agissant de la lutte intégrée contre les ennemis des cultures ; 252 coopératives maraîchères féminines (soit 27 000 membres) et environ 450 femmes animatrices relais pour la diffusion des thèmes et techniques maraîchères au niveau des villages.

Pertinence. Les objectifs et les démarches du PASK, tels que définis dans le Rapport d'examen préalable (REP), sont conformes aux stratégies de développement adoptées par le gouvernement et le FIDA au moment de la préparation du projet. Les révisions des stratégies du gouvernement (CSLP) et du FIDA (COSOP) n'ont fait que renforcer le rôle stratégique que le PASK a été appelé à jouer dans le domaine de la lutte contre la pauvreté. À la différence des autres projets, le plus souvent totalement communautaires ou exclusivement communaux, le PASK présente l'originalité d'avoir tenté une approche participative ancrée à la fois au niveau communautaire, à travers la conduite des diagnostics participatifs et l'élaboration des plans participatifs de développement communautaire, et au niveau communal, à travers l'élaboration des Plan de développement communal (PDC) et des PAP. Cette approche participative mixte a été complétée par une approche sociale axée sur la promotion de la concertation, l'organisation des communautés, le renforcement des capacités individuelles et collectives, le développement des services socio-économiques et par une approche technique prévoyant notamment l'amélioration du capital physique et le développement des compétences des différents acteurs.

Pourtant, le PASK présente des faiblesses au stade de sa conception, qui ont limité son impact dans certains domaines. Ces faiblesses sont surtout liées à une connaissance imparfaite au préalable des atouts et contraintes de la zone et à une allocation inadaptée des moyens, tant sur le plan des objectifs géographiques et socio-économiques retenus que sur celui des contraintes et défis spécifiques à relever. Si l'on tient compte de ces considérations, la pertinence du projet est jugée modérément satisfaisante.

Efficacité. Sur le plan de la réalisation des objectifs spécifiques, le projet présente, en fonction des objectifs visés, des niveaux variables d'efficacité :

Une bonne efficacité a été observée au niveau de l'objectif Développement des capacités locales d'organisation, de gestion et de promotion, notamment dans les domaines suivants : la bonne appropriation par les comités communaux de concertation des PDC et des PAP, le processus participatif de planification, la concertation, la recherche de partenariats et le renforcement des capacités collectives et individuelles des communautés locales ; la constitution et la formation des organisations de producteurs ; les actions d'IEC liées à la santé, à la nutrition et à l'alphabétisation des adultes ; et l'implication réelle des spécialistes villageois formés à la fourniture de services locaux au profit des communautés. Néanmoins, l'évaluation souligne, du côté des faiblesses, le manque de dynamisme des comités villageois de développement, des associations et des comités chargés de l'exploitation et de l'entretien de certaines infrastructures socio-économiques (centres de santé, points d'eau, pistes, etc.).

Une efficacité insuffisante a été observée au niveau de l'objectif Établissement et consolidation des bases d'une croissance économique et réduction de l'isolement des communes rurales. Au moment de l'évaluation, le programme de désenclavement était partiellement réalisé, mais la mission a pu constater de sérieux problèmes sur le plan de la conception et de la qualité de certains ouvrages. En outre, le manque de compétence et de professionnalisme de certaines entreprises et bureaux d'études engagés, la conjoncture économique caractérisée par l'augmentation vertigineuse des prix des matériaux de construction laquelle a mis en difficultés les entreprises, la non-implication des services régionaux des travaux publics, et le manque de contrôle et de suivi par l'équipe du projet, basée à Nouakchott, ont certainement aggravé la situation. Les actions du projet dans le domaine des infrastructures économiques sont également modestes, avec des marchés à étalage construits mais très peu utilisés du fait, notamment, d'une conception peu fonctionnelle, de la faible viabilité économique et de leur bâti de mauvaise qualité.

Une bonne efficacité a été observée au niveau de l'objectif Amélioration des conditions de vie des populations en matière d'accès aux infrastructures sociales de base. Cette efficacité se manifeste notamment à travers la réalisation d'un nombre relativement important d'infrastructures socio-économiques d'éducation et de santé, répondant ainsi substantiellement à la forte demande locale dans ce domaine et dépassant dans certains cas les objectifs fixés par le RPE. Cette bonne performance s'explique par la ferme volonté du gouvernement d'améliorer les conditions de vie des populations de cette zone et par sa capacité à mobiliser les fonds nécessaires dans le cadre des fonds PPTE. En revanche, la réalisation du programme des infrastructures socio-économiques a souffert de certaines faiblesses, qui concernent surtout : i) le manque d'implication et de coordination avec les services techniques concernés, notamment celui de l'hydraulique – ce qui aurait permis un meilleur ciblage des études de prospection et d'implantation des forages d'eau potable et une meilleure articulation des actions du projet avec la stratégie et le programme national de développement des infrastructures d'approvisionnement en eau potable en milieu rural ; ii) l'insuffisance de la formation et du suivi dispensés aux comités de gestion des points d'eau, aux associations de parents d'élèves et aux comités de gestion des centres de santé ; et iii) la mauvaise qualité d'exécution des travaux observée au niveau de certains bâtiments, du fait, notamment, de difficultés avec les entreprises (retards, résiliations de contrat).

Quant à l'objectif Augmentation et diversification des revenus des groupes les plus vulnérables, une efficacité insatisfaisante est observée. Le projet a réalisé de nombreuses actions susceptibles de favoriser l'augmentation et la diversification des revenus. Néanmoins, ces actions n'ont pas permis l'augmentation et la diversification des revenus d'une manière significative tant à l'échelle de la zone qu'à celle des ménages concernés, notamment à cause des raisons suivantes : i) dispersion des actions et manque d'intégration de ces actions dans le cadre d'un programme cohérent et intégré d'appui à l'agriculture et à l'élevage, bien articulé avec les politiques sectorielles et soutenu par les services techniques concernés ; ii) manque de diversification et ampleur limitée des actions entreprises au niveau des villages, ce qui leur confère un caractère plutôt démonstratif ; et iii) absence de ciblage spécifique des populations agro-pastorales pauvres résidant dans les villages d'installation récente, pourtant identifiés par le RPE comme l'une des catégories les plus vulnérables de la population et méritant une attention particulière. Quant à l'appui aux Activités génératrices de revenus (AGR), il a connu un grand retard à cause du gel de la sous-composante « développement des services financiers de proximité » censée les soutenir. La première vague d'AGR financées par le projet semble adopter une approche qui s'adapte bien au contexte socio-économique très difficile de la zone du projet, même si la logique est beaucoup plus sociale qu'économique et que les bénéfices semblent très modiques.

En conclusion, compte tenu des éléments d'appréciation mentionnés ci-dessus, et en considérant la situation de départ de la zone du projet, l'efficacité du projet est jugée modérément insatisfaisante dans l'ensemble.

Efficience. L'évaluation estime que l'efficience du PASK est modérément insatisfaisante pour les raisons suivantes : i) retards dans la mise en œuvre du projet (notamment, au niveau de l'entrée en vigueur du prêt OPEP), avec un taux de déboursement qui était d'environ 77% au moment de l'évaluation ; ii) mauvaise qualité des ouvrages routiers malgré des investissements considérables ; et iii) charges récurrentes du projet, dues essentiellement à la présence de facto de l'équipe de projet à Nouakchott (et non dans la zone du projet). Sur le plan économique, le projet présente globalement un faible niveau d'efficience dans la mesure où les investissements engagés n'ont pu engendrer un accroissement sensible des revenus de la population cible, ainsi que mentionné dans la section « Efficacité ».

Impact du projet sur la pauvreté rurale

Le PASK a eu globalement un impact satisfaisant sur la pauvreté rurale. Néanmoins, l'ampleur de cet impact est variable selon les domaines.

Revenus et avoirs des ménages. Les impacts à ce niveau sont jugés modérément insatisfaisants. Il est difficile de percevoir à ce stade une amélioration globale d'envergure qui puisse être attribuée directement à l'action du projet. En se basant sur les rendements moyens observés pour les cultures pluviales en Mauritanie, il ressort que l'amélioration de 25% évoquée se traduirait par un revenu supplémentaire de 12 000 UM/ha ou 24 000 UM/ménage pour une superficie moyenne de 2 ha/exploitant au niveau des cultures de décrue. Quant à l'impact global à l'échelle de la zone du projet, il reste insuffisant dans la mesure où les 260 hectares de cuvettes protégées fourniraient un revenu supplémentaire global de 3 120 000 UM1

, ce qui constitue un montant très faible, y compris par rapport au coût de la protection. Il faut souligner cependant que l'exécution du projet a engendré un impact non négligeable sur la création d'emplois temporaires, à travers les chantiers des infrastructures socio-économiques et des ouvrages de désenclavement confiés aux entreprises et aux ouvriers locaux. D'après le système de suivi-évaluation du projet, la masse salariale injectée dans la zone au titre de l'exécution de ces infrastructures s'élève à près de 240 millions d'UM (971 670 USD).

Production agricole et sécurité alimentaire. Dans ce domaine, les impacts perçus ont été globalement insatisfaisants. L'amélioration de la production au niveau des périmètres maraîchers encadrés (42 hectares) n'est pas facilement quantifiable. Néanmoins, il semble que l'appui aux coopératives féminines et l'encadrement technique assurés par les OPS aient joué un rôle dans l'amélioration de la production. En moyenne, chaque femme bénéficie de 12 à 35 kilos de légumes sur toute la campagne agricole, ce qui représente près de 25% de la consommation moyenne par famille en milieu rural mauritanien. À l'échelle du projet, l'accroissement global de la production agricole grâce à ces actions reste faible : compte tenu de la superficie encadrée et de la fourchette des rendements indiqués ci-dessus, la production ne dépasserait pas les 80 tonnes. Sur le plan de la productivité, les rendements des jardins encadrés semblent subir une baisse importante à partir de la quatrième année d'existence. La formation et la mise en place par le PASK d'auxiliaires vétérinaires a favorisé l'amélioration de la productivité de l'élevage et de la sécurité alimentaire. Selon le système de suivi-évaluation, les auxiliaires vétérinaires sont intervenus pour soigner plus de 43 000 têtes de bétail, dont 56% de bovins et 34% d'ovins, contribuant ainsi à l'amélioration de l'état sanitaire du troupeau et de son rendement. Sur le plan de la sécurité alimentaire, on peut observer localement que les activités maraîchères ont permis, dans une certaine mesure, d'améliorer la qualité de la nutrition pour les ménages concernés, notamment grâce à l'introduction de nouvelles espèces maraîchères inconnues jusqu'alors, telles que la laitue et l'aubergine. Malgré tout, les résultats de l'enquête du Système de gestion des résultats et de l'impact (SYGRI), réalisée dans la zone du projet en 2006, ont confirmé le faible impact global du PASK sur la sécurité alimentaire.

Capital social et autonomisation. Les effets perçus à ce niveau sont très satisfaisants. En effet, l'impact essentiel du projet réside, à ce stade, dans la transformation sociale du milieu aussi bien sur le plan collectif qu'individuel. Le projet a favorisé l'ouverture d'esprit et une meilleure intégration sociale des différentes communautés au sein de leurs communes, le renforcement de la solidarité communautaire à travers la promotion et l'appui aux structures associatives de base et le renforcement de la concertation grâce à l'appui apporté aux CCC. La promotion de près de 112 comités de gestion des infrastructures socio-économiques constitue un autre acquis important du projet, allant dans le sens du renforcement du capital social. Cette amélioration semble résulter de l'effet conjugué de la construction des écoles et des activités d'IEC qui ont largement insisté sur le thème de la scolarisation des filles. Ce constat est confirmé par la présence effective des femmes dans les organes locaux de décision. Elles constituent en effet plus de 30% des membres des CCC (quatre d'entre elles en assurent la présidence) et 45% des membres des comités de gestion des infrastructures. En outre, les femmes ont été largement impliquées dans la mise en œuvre du projet en constituant 50% des animateurs des Opérateurs partenaires polyvalents (OPP), 80% des alphabétiseurs et 98% du personnel des pôles IEC. Néanmoins, l'impact du projet dans le domaine social reste insuffisant à cause, notamment, du manque de promotion des structures locales de concertation et de planification du développement communautaire en appui aux CCC mis en place dans le cadre de l'appui institutionnel aux communes, d'une part, et de la fragilité des comités de gestion des infrastructures et du manque de promotion et d'appui aux organisations des producteurs en dehors des coopératives maraîchères, d'autre part.

Ressources naturelles et environnement. Le rôle du PASK sur l'environnement et les ressources naturelles est assez limité dans l'ensemble, le projet n'ayant malheureusement pas pu mettre en œuvre les seules activités susceptibles d'améliorer l'environnement, à savoir : l'aménagement des bassins versants et le reboisement par le développement d'espèces ligneuses. Les activités de sensibilisation des villageois aux dangers des feux de brousse et à l'introduction d'énergies alternatives à l'utilisation du bois de chauffe, en l'occurrence le gaz en bouteille, semblent avoir eu quelques retentissements positifs. La contribution spécifique du PASK ne peut toutefois être cernée avec précision du fait de l'intervention simultanée d'un grand nombre d'autres acteurs dans ce domaine (deux projets de l'Agence allemande de coopération technique – GTZ, autorités locales, ONG, etc.).

Institutions et politiques. L'appui apporté par le PASK aux communes a effectivement contribué au renforcement des capacités des municipalités à travers l'émergence d'institutions communales plus dynamiques, comparativement à d'autres communes n'ayant pas bénéficié du projet. Le PASK a ainsi favorisé l'émergence d'une culture de la citoyenneté. Il a permis, en outre, de renforcer le processus national de décentralisation à travers l'appui institutionnel aux communes, la formation des élus municipaux, la constitution des CCC et le recrutement des Agents de développement communal (ADC). En revanche, la mise en œuvre du PASK n'a eu aucun impact sur le renforcement des capacités des services déconcentrés de l'État, qui sont restés en marge des activités du projet. Il s'agit essentiellement des services de l'agriculture, de l'élevage, de l'hydraulique et des travaux publics. En résumé, c'est au niveau du capital humain et social et de l'autonomisation des communautés que l'impact du projet a été le plus marquant.

Autres critères de performance

Durabilité. Vu l'absence de recul nécessaire pour apprécier le degré de durabilité des acquis du projet, qui n'était pas encore achevé au moment de la rédaction de ce rapport, l'évaluation s'est essentiellement efforcée, à ce stade, à rechercher et à analyser les indices favorables ou défavorables à cette durabilité. La nouvelle dynamique sociale orientée vers la participation accrue des communautés rurales, celle des femmes et de la société civile en particulier, ne peut que se poursuivre, et a même toutes les chances de s'améliorer à l'avenir. Les acquis de la sensibilisation aux feux de brousse et à la réduction de l'utilisation du bois de chauffe ont quelques chances de perdurer grâce à la forte adhésion des pouvoirs publics et des acteurs locaux à ces thèmes. Le dynamisme observé au niveau des structures communales (conseil municipal et CCC) et le développement constant de leurs capacités grâce au projet constituent un atout important susceptible de renforcer la durabilité des acquis du projet. Toutefois, l'impact du projet sur la production agricole et les revenus des ménages reste assez limité. En résumé, malgré l'existence de plusieurs facteurs favorables, des risques importants et réels pèsent sur la durabilité des premiers effets et impacts du projet si des mesures adéquates ne sont pas prises rapidement pour les atténuer.

Innovation. Le PASK a eu le mérite d'introduire dans cette zone deux innovations majeures : la première, d'ordre institutionnel, concerne l'application d'une approche participative intégrant à la fois le niveau communautaire et communal ; la deuxième concerne la tentative de promotion des AGR selon un concept de Fonds de développement autogéré (FDA), tentative balbutiante mais qui a de fortes chances de s'amplifier. En ce qui concerne l'application à plus grande échelle, il faut noter que la mise en œuvre du PASK a ouvert la voie à un nombre important de projets de développement financés par d'autres bailleurs dans la zone de l'Aftout sud et du Karakoro (Programme de valorisation des initiatives économiques en milieu pauvre – projet VAINCRE –, Projet d'appui aux communes de l'Assaba – PACA –, projets GTZ, etc.) cette zone étant reconnue comme une des plus pauvres du pays. On peut donc dire que le PASK a influé sur les décisions des autres bailleurs et du gouvernement, ce que les représentants du gouvernement ont confirmé pendant l'évaluation.

Performance des partenaires

Gouvernement. En dépit de l'alternance de plusieurs instances dirigeantes depuis le démarrage du projet, l'appui du gouvernement au projet a été constant. Les Ministères chargés de la planification et du budget ont assuré une bonne mobilisation des fonds PPTE, lesquels se sont élevés à plus de 7 millions d'USD, contre 6 millions prévus par le RPE. Le gouvernement a en outre réagi rapidement aux résultats de l'enquête SYGRI, en montant un programme d'urgence exécuté en 2007. Toutefois, il a toléré l'installation de fait de l'Unité de coordination et de gestion du projet (UCGP) à Nouakchott, à une journée de route de la zone d'intervention du projet, en dépit des nombreuses recommandations faites par l'UNOPS et le FIDA à ce sujet, entraînant ainsi une situation en discordance avec les clauses de l'accord de prêt et une faible efficacité dans le suivi des activités. Il faut noter aussi la responsabilité partagée entre le gouvernement et le FIDA au niveau de la faible pertinence de la conception du projet et de son manque de réactivité, jusqu'à l'examen à mi-parcours (EMP), par rapport aux retards apportés à la mise en œuvre des activités prévues. Les autorités régionales et communales ont manifesté un intérêt fort et continu pour le projet et ont largement facilité et/ou contribué à sa mise en œuvre. L'équipe de projet a fourni des efforts louables pour la bonne exécution du projet, malgré le contexte difficile de la zone et les faiblesses entachant certains aspects de la conception du projet. La performance de la cellule chargée de la composante Amélioration et diversification des revenus a été affectée par l'instabilité de l'équipe et la vacance de certains postes. Cette cellule n'a pas réussi à opérationnaliser les recommandations de l'étude agricole et à donner un contenu cohérent à la composante agricole. En résumé, compte tenu des éléments ci-dessus, la partie gouvernementale dans son ensemble a présenté une performance modérément insatisfaisante.

FIDA. La performance du FIDA est jugée modérément insatisfaisante pendant la période précédant l'EMP. Le FIDA partage avec le gouvernement la responsabilité des faiblesses de la conception du projet. Pourtant, la performance du FIDA s'est progressivement améliorée à partir de l'année 2006 avec la désignation d'un nouveau chargé de portefeuille et la réalisation de l'examen à mi-parcours. En résumé, compte tenu des éléments ci-dessus, la performance du FIDA est jugée modérément satisfaisante dans son ensemble. L'UNOPS a assuré la supervision du projet selon le planning prévu en mobilisant souvent les mêmes équipes, ce qui s'est traduit par une amélioration croissante de sa connaissance du projet et, par conséquent, de la performance de ses équipes. Les missions de supervision ont fourni plusieurs suggestions et recommandations pertinentes. L'OPEP a assuré une contribution non négligeable à travers le cofinancement de la sous-composante « désenclavement » et a fait preuve de souplesse en acceptant d'apporter les modifications proposées au contenu du programme de désenclavement, certains amendements à l'accord de prêt, et la prolongation de cet accord sur indications du gouvernement, de l'UCGP et de l'UNOPS. Les Opérateurs polyvalents du projet (OPP), chargés de la conduite des processus de planification et de diagnostic participatif (PPDP) et du renforcement des capacités des CCC et des Structures associatives de base (SAB), ont fourni des efforts assez importants, en dépit de l'étendue et de l'enclavement sévère de la zone, et ont globalement respecté les termes de référence de leurs contrats. Quant aux Opérateurs partenaires spécialisés (OPS), ils ont présenté une performance assez hétérogène. On notera que ceux chargés de la mise en œuvre de l'appui aux coopératives maraîchères ont relativement bien conduit leurs activités, conformément à leurs contrats avec le PASK.

Conclusions et recommandations

Appréciation globale. L'évaluation juge la performance du projet modérément insatisfaisante dans l'ensemble. Néanmoins, il faut noter que l'objet du PASK, l'un des premiers outils de la mise en œuvre du CSLP, était d'améliorer la situation de l'Aftout sud et du Karakoro, une zone enclavée assez étendue et considérée comme l'une des plus pauvres du pays. La décision de financer le PASK a eu un effet important sur les autres bailleurs et le gouvernement, conduisant au développement d'autres projets dans cette zone très démunie. L'allocation continue de moyens importants pour le développement des infrastructures socio-économiques, en particulier grâce à la bonne capacité du gouvernement à mobiliser des fonds importants (contribution à travers le mécanisme PPTE) doit aussi être soulignée. Les points faibles résident essentiellement dans : une connaissance insuffisante au préalable des atouts et contraintes de la zone ; une allocation insuffisante de moyens (par rapport aux objectifs retenus) ; la faible performance de l'UCGP avec son ancrage institutionnel inapproprié et instable ; et la très faible implication globale des services techniques déconcentrés. Le tableau ci-dessous récapitule les scores attribués aux différents critères d'évaluation.

Résumé des scores attribués au PASK et à ses partenaires

Critères de l'évaluation Scores attribués 2
Critères de performance  
Pertinence 4
Efficacité 3
Efficience 3
Performance du projet 3
Impact sur la pauvreté rurale 4
Revenus et avoirs des ménages 3
Production agricole et sécurité alimentaire 2
Capital social et autonomisation 5
Ressources naturelles et environnement 4
Institutions et politiques 4
Autres critères de performance  
Durabilité 3
Innovation 4
Appréciation globale du projet 3
Performance des partenaires  
Gouvernement 3
FIDA 4
UNOPS 4

Source : Évaluation intermédiaire du PASK

Recommandations. Sous réserve de l'accord du FIDA et du Gouvernement mauritanien, l'évaluation, au vu de la persistance de la pauvreté rurale dans toutes ses dimensions au sein de l'Aftout sud et du Karakoro et au vu des efforts notables mais incomplets des partenaires du PASK à partir de l'examen à mi-parcours, est favorable au développement d'une deuxième phase. Cependant, afin de s'assurer que cette éventuelle deuxième phase parte dès le départ sur de bonnes bases et atteigne un impact significatif sur la pauvreté rurale dans sa zone d'intervention, les évaluateurs estiment que trois conditions doivent être remplies, présentées ci-dessous sous forme de recommandations :

Recommandation n°1 Des moyens appropriés doivent être alloués à la conception de l'éventuelle deuxième phase du projet.

Recommandation n°2 Une meilleure adéquation entre les objectifs visés et les modalités d'exécution doit être assurée.

Recommandation n°3 Le projet doit être recentré sur ses objectifs économiques – qui constituent des éléments essentiels de lutte contre la pauvreté – en optimisant les potentialités hydrauliques et agropastorales de la zone d'une manière durable et en consolidant l'expérience de promotion des AGR déjà lancée durant cette première phase, tout en veillant à une bonne articulation avec les stratégies de développement de l'agricultureet de l'élevage et à la gestion durable des ressources .


1/ Soit 15 000 USD, tout au plus.

 

2/ Les notes sont attribuées sur une échelle de 1 à 6 (6 = très satisfaisant ; 5 = satisfaisant ; 4 = modérément satisfaisant ; 3 = modérément insatisfaisant ; 2 = insatisfaisant ; 1 = très insatisfaisant).


 

 

 

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